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Universités

Flicage : l’institut d’études à distance de Paris 8 échoue à imposer la télésurveillance des examens

La direction de l’Institut d’Étude à Distance (IED) de Paris 8 a tenté de faire passer les examens sous contrôle du logiciel de télésurveillance TestWe. Non-respect des modalités de contrôle continu, système de reconnaissance faciale et prise de contrôle de son appareil par la startup, l'offensive a échoué sous la pression des étudiants.

Prune Fabre


et Le Poing Levé Paris 8

12 décembre 2022

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Crédits photo : MARTIN BUREAU / AFP

À l’Institut d’Etude à Distance (IED) de l’Université Paris 8, des étudiant.e.s ont été surpris d’apprendre, fin octobre, un changement dans le logiciel d’examens à distance. L’IED aurait fait le choix de recourir au logiciel de télésurveillance TestWe afin de faire passer les examens de fin semestre aux étudiant.e.s. TestWe, comme l’explique la quadrature du Net, est « une start-up française qui étend les outils de surveillance algorithmique à la surveillance des examens. » Le logiciel impose en effet un système de reconnaissance faciale, qui, en plus de prendre des nombreuses photos, des étudiant.e.s leur demande de filmer leur cou et leurs oreilles pour s’assurer de l’absence d’écouteurs. Il oblige également les étudiant.e.s à céder les droits administrateurs de leur ordinateur ainsi qu’à désactiver leur pare-feu, antivirus et VPN. Ils doivent également se munir d’un ordinateur possédant les dernières mises à jour et d’une bonne connexion Internet. Par ailleurs, aucune information n’a été donnée pour le cas spécifique des personnes malentendantes, ce qui est peu étonnant car selon une étudiante que nous avons interrogée, « la cellule handicap n’a pas été consultée ».

Face à ce logiciel et au manque de communication, de nombreux étudiant.e.s de l’IED ont décidé de s’organiser. Une cinquantaine d’entre eux ont déposé une requête au tribunal administratif de Montreuil. L’étudiante que nous avons interrogé nous confie ainsi : « On se mobilise car on a été ni écoutés ni entendus de la part de la direction de l’IED, quand on a posé des questions, quand on a commencé à regarder ce qui allait nous être imposé, qui plus est hors délais réglementaires, on s’est rendu compte que c’était inacceptable. Ils nous imposent un traitement biométrique sans notre consentement, si on accepte ça maintenant, d’autres universités vont suivre la même trajectoire, c’est pour ça qu’on doit réagir. » L’étudiante ajoute : « C’est liberticide, il y a des élèves choqués d’être filmés en permanence. »

Pour l’étudiante, c’est « une petite bataille au sein de l’université qui se joue en ce moment », et, en effet, en plus de la question de la protection donnée, derrière cette plateforme se cachent aussi les principes de sélection sociale à l’université ainsi que la soi disant valeur des diplômes ; c’est l’argument numéro 1 de la plateforme TestWe sur son site : « La concurrence entre les écoles et les universités augmente très fortement ces dernières années. Leur niveau de numérisation a un effet majeur sur leur attractivité. »

Cette logique méritocratique a fait de nombreux ravages sur la santé des étudiants comme nous avons pu le voir pendant le Covid, ce genre de logiciel participant à la pressurisation des étudiants : « la grande majorité des étudiants mobilisés n’ont pas l’habitude de protester mais là on est juste effarés des conditions qu’on nous impose, on voudrait juste étudier sereinement, on est en reconversion, on est déjà forcés d’étudier à distance car pour la plupart d’entre nous on travaille à plein temps à côté de nos études ce qui est déjà en soi une difficulté supplémentaire ». Derrière cet exemple de startup et les illusions méritocratiques, il est clair que les universités se ferment toujours plus aux jeunes (et moins jeunes) des classes populaires et ce, pour s’adapter à la contraction du marché du travail.

Finalement, grâce à la mobilisation de ces étudiant.e.s qui ont alerté la direction de l’université Paris 8 qui s’est positionnée par une motion votée dans les conseils centraux contre la mise en place de la plateforme TestWe cette année, les étudiant.e.s pourront passer leur partiels de la façon dont ils étaient prévus initialement.


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