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Régularisation de tous les sans-papiers !

Roissy. Première victoire : une centaine de grévistes sans-papiers obtiennent des autorisations de séjour

Après avoir fait grève en octobre dernier pour obtenir de leurs employeurs les CERFA nécessaires au dépôt de leurs dossiers, une centaine de sans-papiers obtiennent des récépissés avec autorisation de travail ! Nordine, travailleur et syndicaliste chez Transdev Roissy, revient sur cette première victoire vers la régularisation.

Louisa Eshgham

21 février

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Roissy. Première victoire : une centaine de grévistes sans-papiers obtiennent des autorisations de séjour

Crédits photo : O Phil Des Contrastes

En octobre dernier, plus de 600 travailleurs sans-papiers avaient déclenché une grève coordonnée dans plus d’une trentaine d’entreprises afin d’obtenir la délivrance de CERFA de la part de leurs employeurs, documents indispensables au dépôt des demandes de régularisation en préfecture.

Aujourd’hui, la totalité des travailleurs relevant de la préfecture du département du 93 a obtenu un récépissé avec autorisation de travail, autrement dit un document les autorisant à séjourner et travailler sur le territoire français pendant les six prochains mois, en attendant que leurs dossiers soient étudiés au fond. Dans le cadre de la grève menée, ils avaient également obtenu de leur employeur qu’il s’engage à les reprendre dans la société dès l’obtention de l’autorisation de travail et ils ont donc pu réintégrer leurs postes.

Même s’il ne s’agit pour l’instant que de régularisations précaires et que rien n’est acquis pour la suite, cette nouvelle étape victorieuse vers la régularisation montre la force d’une stratégie fondée sur l’instauration d’un rapport de force et sur une coordination importante des sans-papiers.

Grève et coordination des travailleurs sans-papiers, retour sur une méthode victorieuse

C’est après plusieurs mois de préparation avec la CGT, qu’avait débuté, le 17 octobre dernier une grève coordonnée de plus de 600 travailleurs sans-papiers d’une trentaine d’entreprises, majoritairement intérimaires, dans les secteurs du bâtiment, la logistique, le nettoyage ou la distribution.

Nordine, travailleur chez Transdev à Roissy, syndicaliste CGT et membre de l’UL Roissy revient sur la préparation de la grève : « Ça a été un travail patient et en amont du déclenchement de la grève, de constituer avec les salariés les dossiers et de regarder qui pouvait être régularisé ou non. Il y a eu une coordination entre les Union départementales du 75, 93, 94 et 95. L’idée était de partir tous ensemble au même moment, à la même heure, avec pour méthode l’envahissement des agences d’intérim ».

Une méthode qui a montré son efficacité : « Les employeurs ont globalement délivré les CERFA très rapidement. Au niveau de Roissy par exemple, tous les grévistes les ont obtenus le jour même. Ce qui a fait la force du mouvement c’est que lorsque des grévistes obtenaient leurs CERFA, ils allaient aider ceux qui ne les avaient pas encore, afin de renforcer la présence au sein de l’entreprise et de durcir le rapport de force. Il y a des agences qui étaient au départ occupées par une quarantaine de salariés, dans lesquelles les employeurs faisaient de la résistance, mais lorsqu’ils ont vu qu’une centaine de travailleurs venaient en renfort envahir à leur tour la société, la pression était très importante et ils finissaient par céder le CERFA. Quoi qu’il en soit, il n’y a que la grève et le rapport de force qui font plier les patrons. »

Cette coordination des travailleurs ne s’est pas arrêtée à l’obtention des CERFA, puisque la CGT a ensuite exigé un dépôt collectif des dossiers auprès des préfectures, afin d’éviter une individualisation du traitement des dossiers qui permet plus facilement aux préfectures de faire un tri arbitraire. Si la préfecture doit encore se prononcer sur le fond pour accorder des régularisations pérennes avec titres de séjour, la centaine de travailleurs qui avaient déposé leurs dossiers dans le 93 va pouvoir être provisoirement régularisée et reprendre le travail. Il s’agit donc d’une étape encourageante pour la suite.

« Avec ou sans papiers, la lutte pour la régularisation des sans-papiers nous concerne tous »

Cette implication de syndicalistes non directement concernés par ces problématiques, parce qu’ils ont des titres de séjour ou la nationalité française, n’a rien d’évident. Nordine revient sur l’enjeu de prendre en charge cette question au sein des organisations syndicales et en l’occurrence sur la manière dont les choses se sont déroulées au sein de l’Union locale de Roissy.

« Pour moi, il y a d’abord une question d’humanité. Ce sont nos collègues, on est avec eux au quotidien, quand on écoute leur histoire, ce qu’ils ont traversé pour en arriver là, on ne peut qu’être frappé par l’injustice qu’ils subissent. Il n’y a pas de raison au fait de ne pas autoriser les gens qui vivent ici à circuler librement et avoir les mêmes droits que les autres. D’ailleurs dans le cadre de cette lutte, plusieurs collègues ont découvert que des gens avec qui ils travaillaient au quotidien n’avaient pas de papiers et se sont impliqués pour aider, il y a eu une solidarité importante, parce que beaucoup trouvaient ça injuste ».

Mais il s’agit aussi d’une question stratégique de plus long terme, celle de l’unité entre tous les travailleurs, contre les divisions que tentent d’imposer les employeurs : « Il faut comprendre que les employeurs utilisent ces différences de statuts pour nous diviser entre nous, et pour tirer les salaires vers le bas en utilisant les personnes sans-papiers comme main d’œuvre bon marché. Mais surtout, le fait qu’on s’implique dans leur lutte pour la régularisation permet de tisser des liens précieux entre nous. Par exemple aujourd’hui, à Roissy, on fait face à une répression importante et on est obligés d’y faire front tous ensemble si on veut les faire reculer. Ces salariés sans-papiers, qu’on ne connaissait pas forcément il y a quelques mois car ils sont plutôt en intérim et pour qui les questions syndicales peuvent être des préoccupations plus éloignées pour eux, ils sont aujourd’hui à nos côtés et ça c’est très fort. Ce sont des vrais militants. D’ailleurs on comprend de plus en plus qu’il y a un lien entre d’un côté la répression des gouvernements, contre les personnes étrangères ou sans papiers, et de l’autre la répression patronale contre les salariés. Ce sont les deux faces d’une même pièce et on doit lutter contre ces deux aspects. La lutte actuelle pour la régularisation des sans-papiers à Roissy a permis de faire beaucoup avancer la conscience des gens à ce sujet » poursuit Nordine.

La prise en charge, par les organisations syndicales, de questions plus directement politiques n’a là encore rien de naturel. En effet, nombreux sont ceux – du côté des organisations politiques comme syndicales – qui maintiennent la division entre le syndical d’un côté, et le politique de l’autre. « Cette lutte a généré entre nous des discussions plus politiques, par exemple sur la loi Darmanin. Ce sont des discussions qu’auparavant nous n’avions pas vraiment au sein du syndicat, certains voient ça d’un mauvais œil et disent que faire de la politique ça n’a rien à faire là, alors qu’en réalité, la question syndicale est éminemment politique ».

Les directions syndicales doivent s’appuyer sur cette grève pour arracher la régularisation de l’ensemble des sans-papiers

La lutte de ces travailleurs sans-papiers est loin d’être un cas isolé. De nombreuses personnes luttent elles aussi pour obtenir leur régularisation et la loi Darmanin récemment adoptée va durcir les possibilités de régularisation, notamment en allongeant la durée d’effectivité des OQTF à 3 ans, lesquelles empêchent tout dépôt de demande. Récemment, plusieurs grévistes ont occupé les chantiers des JO, les sans-papiers d’Emmaüs ou encore de Chronopost à Alfortville sont eux aussi toujours en lutte. Cette méthode de lutte menée par la CGT et ces premières victoires – bien que provisoires – doivent servir de point d’appui et se généraliser.

La CGT et l’ensemble des directions syndicales doivent construire un plan de bataille à même d’arracher des régularisations pérennes pour l’ensemble des sans-papiers, qu’ils soient syndiqués ou non. En ce sens, une tâche centrale réside dans le fait de tisser des liens avec les collectifs de sans-papiers ou les Gilets noirs, qui luttent eux aussi pour la régularisation, et ne pas se cantonner à revendiquer simplement la régularisation des sans-papiers membres de la CGT, comme le faisait Sophie Binet récemment.

« On doit élargir cette méthode pour l’ensemble des sans-papiers. On se doit d’apporter nos moyens syndicaux et la force de frappe dont on dispose pour soutenir l’ensemble des sans-papiers qui luttent actuellement, avec les méthodes qu’ils choisissent, notamment celles et ceux qui continuent d’occuper les chantiers des Jeux olympiques. Il faudrait qu’on ait des cadres de rencontre communs, qu’on organise de grandes assemblées, avec les sans-papiers en lutte de la CGT mais aussi ceux des collectifs », conclut Nordine.


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