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Transports

RATP. « Travail égal, salaire égal ! » : les nouveaux embauchés mobilisés contre leurs salaires au rabais

Suite à un accord signé par l’UNSA et FO, les conducteurs de la RATP ayant signé leur contrat après le 1er janvier 2023 touchent 290 € net de moins que leurs collègues de travail. Une injustice contre laquelle ils ont décidé de s'organiser et qui doit être soutenue par l'ensemble des conducteurs RATP.

Ivan Ferrero

4 avril

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RATP. « Travail égal, salaire égal ! » : les nouveaux embauchés mobilisés contre leurs salaires au rabais

Crédits photo : Révolution Permanente

Les nouveaux embauchés de la RATP font face à une injustice salariale d’ampleur.
Tout commence en août 2022, lorsque la régie met en application son attaque sur les conditions de travail des machinistes receveurs (conducteurs de bus et de tramway) de manière unilatérale (sans aucune signature de syndicats). Ils actent alors l’augmentation d’environ une heure de temps de travail et la suppression de primes en échange d’une augmentation de 20 euros brut par mois.

Puis, en décembre 2023, ils réouvrent les négociations. Finalement un accord en janvier 2023 signé avec les syndicats UNSA et FO entérine une compensation salariale à hauteur de 360 brut mensuel (290 euros net), contre la validation de la casse des conditions de travail à quoi s’ajoute la suppression de six jours de repos. Au-delà d’accompagner la politique de casse sociale de la direction, seuls les agents machinistes présents à l’effectif le 1er janvier 2023, à l’exception des élèves machinistes, des machinistes en contrat de professionnalisation, ou en contrat d’apprentissage, peuvent prétendre à cette compensation. Dès lors, l’accord entérine une différence de traitement scandaleuse entre les agents machiniste, selon leur date d’entrée dans les effectifs de l’entreprise.

Par conséquent, les 3 000 machinistes que la RATP annonce avoir recrutés en 2023 touchent, à poste égal, 290 € nets de moins. Une situation dénoncée par Ali*, jeune conducteur dans le 92 : «  on a les pires conditions de travail, mais on gagne moins. On nous refile tous les services avec coupure que les anciens ne veulent pas, parfois, on commence à 5 h du matin et on finit à 21 h avec 5 h de coupure au milieu sans pouvoir rentrer chez nous. On est des bouche-trous pour eux ».

De plus, du fait de la réforme des retraites, les agents RATP rentrés après le 1er septembre 2023 ne bénéficient pas du régime spécial RATP qui permet aux plus anciens de partir à la retraite aux environs des 55 ans. Derrière cette politique, se cache en réalité la volonté de diviser les travailleurs entre eux. En effet, pour Eric* qui est rentré à la RATP fin 2023, « cela crée des tensions inutiles entre les anciens et les nouveaux alors que l’on a tous les mêmes intérêts ».

Ainsi, pour les nouveaux agents qui cherchaient un emploi stable, c’est la désillusion et beaucoup décident de ne pas rester. « Sur les 20 agents avec qui j’ai fait ma formation, il y en a déjà 8 qui ont quitté la RATP en seulement 6 mois. C’est en train de devenir un sous-métier, c’est plus l’ancienne RATP où les gens voulaient rester et faire carrière désormais, on est des travailleurs pauvres » témoigne Ali.

Sur la période du 1er janvier 2023 aux JO, c’est près de 4 500 nouveaux machinistes qui seront rentrés à la RATP, soit près d’un tiers des effectifs, qui ont et vont intégrer l’entreprise de transport. Après la vague de démission massive fin 2022, ce turn-over est un moyen pour la direction de renouveler les effectifs, mais avec un statut et des salaires plus précaires, et ce, en vue de l’ouverture à la concurrence.

C’est dans ce contexte que les jeunes agents ont décidé de se mobiliser. Certains se sont organisés sur des boucles de discussion WhatsApp pour élire des délégués de chaque dépôt de bus et ont écrit une pétition qui a recueilli plus de mille cent signatures physiques sur les dépôts, et un millier en ligne. Soutenus par la CGT, les jeunes conducteurs sont en revanche très critiques vis à vis des syndicats UNSA et FO. « On a le sentiment de s’être fait trahir. Personnellement, j’ai failli me syndiquer chez l’UNSA, mais quand je leur ai parlé des 290 euros, ils m’ont dit que pour l’instant ce n’est pas d’actualité » affirme l’un d’entre eux.

Mercredi, une première délégation a été reçue par la direction qui a refusé d’apporter une réponse aux revendications des jeunes conducteurs. Pour Ali, c’est donc par le rapport de force que cela va se jouer : «  c’est pas en faisant une pétition qu’on va faire reculer la direction, c’est avec des gens qui sont dans la rue et qui se mettent en grève ». Dans ce sens, ce jeudi, certains nouveaux embauchés ont décidé de rejoindre l’appel de la CGT-RATP à faire grève pour exiger des hausses de salaires dans le cadre des NAO (négociations annuelles obligatoires). Une journée de grève isolée peu préparée, non appelée par l’ensemble des organisations, et donc faiblement suivie, mais qui constitue un premier pas pour les jeunes agents pour commencer à tisser des liens avec leurs collègues.

Pour préparer la suite, une première réunion a été organisée ce jeudi et une assemblée générale devrait se tenir dans les prochains jours pour coordonner les agents et appeler à une potentielle grève. Alors que face à l’inflation, la RATP ne propose qu’une augmentation de 100 €, dont la moitié ne serait versée qu’en décembre, c’est l’ensemble des agents RATP qui doivent se mobiliser pour exiger l’harmonisation et la hausse de l’ensemble des salaires mais aussi leur indexation sur l’inflation.

Face aux politiques de divisions mises en place par la RATP entre les jeunes et les anciens, les machinistes et les mécaniciens, c’est par l’unité de tous les travailleurs qu’il est possible de faire reculer la direction. Comme la grève de 2019 l’a démontrée, face à la peur que peuvent avoir les jeunes agents à se mobiliser, c’est par la préparation d’une grève dure qu’il devient possible de créer un mouvement massif capable de réellement gagner.

* Les prénoms ont été modifié


      
      
    
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