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Transports

Primes JO 2024 : face à la peur de la grève, SNCF et RATP tentent d’acheter la paix sociale

La RATP et la SNCF planchent depuis plusieurs mois sur la question des « mesures sociales » pour leurs agents pendant la durée des JOP 2024. Ces derniers promettent des primes pour éviter la question épineuse des augmentations de salaire.

Cécile Manchette

13 janvier

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Primes JO 2024 : face à la peur de la grève, SNCF et RATP tentent d'acheter la paix sociale

Crédits photo : Tatmouss

« Le bras de fer sur les primes JO est engagé à la RATP et à la SNCF » titrait Le Parisien le 8 janvier dernier. En effet, avant les vacances d’hiver, la RATP et la SNCF ont organisé des « table-rondes » avec les syndicats pour discuter des « mesures sociales exceptionnelles » pour la période des JOP 2024.

Toutefois, à la mi-janvier, les accords proposés tant par la RATP que par la SNCF n’ont pas été signés par les organisations syndicales. Elles estiment que les propositions ne sont pas à la hauteur des besoins des salariés. De fait, le contexte social et économique, la dégradation des conditions de travail, le résultat des NAO (négociations annuelles obligatoires) concernant les salaires avec 1,8% d’augmentation à la SNCF ou encore l’ouverture à la concurrence, sont autant de réalités qui alimentent la colère des travailleurs.

A la RATP, des primes différenciées pour mieux diviser

La direction de la RATP ne se vante pas de sa principale « mesure sociale » promise à une partie de ces agents : une prime d’engagement de 15 euros brut par service complet effectué sur le temps des JO. La RATP envoie un message clair : seuls les agents qui sacrifient une partie de leur été seront remerciés par l’entreprise. Pour ce qui est du travail fourni en amont des JO, il faudra repasser. Par ailleurs, cette prime minimale ne concerne qu’une partie des agents (les machinistes, agents de contrôle, agents de maintenance, agents du CRIV...) alors même que tous les corps de métiers fournissent des efforts dans la préparation des JO et seront impactés en termes de conditions et de charge de travail avant, pendant et après les JO.

La RATP promet également d’autres primes au mérite appelées « prime de mobilisation » et « prime d’implication ». Les critères pour en bénéficier sont encore plus restrictifs que la première. Ainsi, la prime de mobilisation, de 10 euros brut par jour travaillé, concernera uniquement les machinistes et les agents du CRIV (Centre de Régulation et d’Information Voyageurs) qui travaillent sur des lignes de bus comprenant des déviations ou faisant l’objet d’un tableau de marche adapté. La prime d’implication concernera les agents visés par la prime d’engagement et augmentera en fonction du nombre de jours consécutifs travaillés : si un agent travaille plus de 20 jours consécutifs il sera récompensé par une prime de 200 euros tandis qu’un agent qui travaillera moins de 12 jours ne sera pas concerné par la prime. Toutes ces primes seront versées après l’été, et ne comptent évidemment pas dans le calcul de la retraite.

Cette philosophie du « travailler plus, pour gagner plus », c’est la méthode Castex. Dans le même sens, un accord qui augmente le travail 120 heures par an et supprime 6 jours de repos pour les machinistes, en échange d’une augmentation de 372 euros brut, vient d’entrer en vigueur. Une augmentation dont ne bénéficieront pas les nouveaux entrants arrivés après le 1er janvier 2023, c’est-à-dire une partie non négligeable des machinistes embauchés pour faire face à la pénurie de conducteurs.

En réalité, malgré cette augmentation et les primes JO, les augmentations de salaire brut par mois restent toujours en dessous de l’inflation, et du coût de la vie. C’est pourquoi certains syndicats comme la CGT Ratp ou Solidaires dénoncent la logique de ces primes, ou de cet accord de janvier 2023, qui troque une augmentation de salaire en échange de la régression sociale, et revendiquent de réelles augmentations de salaires ainsi que l’arrêt de l’ouverture à la concurrence. Des augmentations de salaires qui devraient être indexées sur l’inflation.

A la SNCF, la direction promet 50 euros par jour et opte pour des négociations par établissement

La SNCF de son côté a opté pour une autre stratégie de division : laisser aux établissements la responsabilité d’organiser les vacances d’été mais aussi de déterminer le champ d’application d’une prime annoncée s’élevant à 50 euros par jour travaillé pendant les JO. Avec cette stratégie, la SNCF, qui sait que cette « mesure sociale » ne satisfera ni les syndicats ni les travailleurs, fait le pari de s’épargner un mouvement social national coordonné.

Le mardi 9 janvier, les agents de cinq technicentres TGV sont venus rappeler à la SNCF qu’il ne sera pas si facile d’acheter ses agents en pleine période de crise économique et sociale. Ce premier débrayage coordonné entre les cheminots chargés de l’entretien des trains avait pour objet la question des salaires, la surcharge de travail en vue des JO et la revalorisation de leurs indemnités de nuits et de weekends, ainsi que de leurs primes.

Une grève sectorielle qui devrait inspirer l’ensemble des travailleurs de la SNCF et de la RATP, tout comme les récentes grèves des travailleurs sans papiers dans les chantiers des JO. Car c’est un mouvement national et de l’ensemble des secteurs des transports, coordonné par la base à partir des équipes syndicales combatives et des travailleurs de terrain, articulant les revendications d’ensemble dont de véritables augmentations de salaires indexées sur l’inflation et les revendications spécifiques, qui pourrait faire reculer les deux entreprises. Cela reste à construire.


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