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Conseil des droits de l’homme

Israël toujours plus isolé : une cour onusienne demande la suspension des livraisons d’armes

Après l’assassinat de sept travailleurs étrangers de l’ONG World Central Kitchen, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a adopté une résolution appelant à suspendre les livraisons d’armes à Israël. Si cette résolution demeurera probablement sans effet, elle témoigne de l’isolement croissant de l’Etat colonial.

Enzo Tresso

5 avril

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Israël toujours plus isolé : une cour onusienne demande la suspension des livraisons d'armes

Crédit photo : CC BY-NC-ND 2.0 DEED

Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a adopté, ce vendredi 5 avril, une résolution appelant à suspendre les livraisons d’armes à Israël. Le conseil a justifié sa décision en expliquant qu’elle a pour but « de prévenir de nouvelles violations du droit international humanitaire et l’irrespect des droits humains ». Le conseil a également demandé la création d’une commission d’enquête onusienne indépendante pour examiner les accusations de crimes contre l’humanité contre les Palestiniens à Gaza et répertorier les livraisons d’armes à Israël tout en vérifiant les conditions de leur utilisation. Selon le droit international, les pays vendeurs d’armes portent, en effet, une part responsabilité dans l’utilisation qui en est faite. Adoptée sans vote, la résolution devrait susciter l’opposition des Etats-Unis et de l’Allemagne, qui sont les plus grands fournisseurs de l’Etat colonial, dont les équipements ont été utilisés dans des opérations génocidaires, comme au Liban où Tsahal a utilisé contre des civils des munitions au phosphore blanc, produites aux Etats-Unis, comme arme incendiaire.

Lire aussi : Israël frappe l’Iran : de la guerre coloniale à la guerre régionale ?

Alors qu’Israël jette la région sur les rails de la guerre, en visant directement l’Iran, et que l’assassinat de sept travailleurs étrangers de l’ONG World Central Kitchen a suscité la réprobation de la communauté internationale, cette nouvelle résolution d’une instance onusienne témoigne de l’isolement croissant de l’Etat colonial, après la motion, votée lundi dernier, par le conseil de sécurité, appelant à « un cessez-le-feu permanent et inconditionnel » dans la bande de Gaza. Car ces résolutions successives ne sont assorties d’aucune menace susceptible de contraindre leur application, elles demeureront sans effet. En dépit de leur caractère cosmétique, elles illustrent néanmoins l’inquiétude croissante des pays impérialistes à l’égard des conséquences que peut avoir, tout autant sur leur plan intérieur qu’à l’internationale, la course fanatique que l’Etat colonial a adoptée.

Du côté des Etats-Unis, confronté à la désertion massive d’une partie de son électorat, le camp démocrate, à l’orée des présidentielles, multiplie les déclarations agressives à l’égard du gouvernement israélien. Appelant le premier ministre à procéder à de nouvelles élections, les Etats-Unis ont pris des initiatives hypocrites en faveur des Palestiniens, procédant à des largages humanitaires et construisant un port provisoire à Gaza. D’autre part, Israël apparait, pour l’impérialisme, comme un instrument de moins en moins docile : menaçant de déclencher une guerre régionale au Moyen-Orient, l’Etat colonial contraint les Etats-Unis à réinvestir provisoirement la région, aux détriments des nouveaux terrains d’engagement auxquels ils accordent une valeur stratégique supérieure, comme l’Indopacifique. Après l’annonce de la mort des travailleurs de l’ONG WCK et l’assassinat de trois généraux des forces d’élite iraniennes à Damas, Joe Biden a de nouveau durci le ton à l’égard d’Israël, inquiet des frappes aventuristes auxquelles a procédées son allié et de sa stratégie maximaliste.

S’entretenant avec Benjamin Netanyahou, le président Biden a manifesté son mécontentement, selon le communiqué de la Maison Blanche : « Il a signalé avec clarté qu’Israël doit annoncer et mettre en place une série de mesures spécifiques et concrètes pour éviter les victimes civiles, garantir la sécurité des travailleurs humanitaires et répondre à la souffrance humanitaire. Il a également indiqué que la politique israélienne des Etats-Unis, au regard de Gaza, sera déterminée par notre évaluation de l’action d’Israël concernant ces mesures ». Anthony Blinken a réenchéri, ce jeudi, depuis Bruxelles, en déclarant que les Etats-Unis étaient parvenus à une situation dans laquelle « l’aide à Israël doit être soumises à certaines conditions ».

Alors que les Etats-Unis n’ont jamais remis en cause le caractère inconditionnel du soutien qu’ils accordent à Israël, fouet de l’impérialisme au Moyen-Orient, ces déclarations trahissent l’inquiétude de l’état-major démocrate et de la diplomatie étatsunienne face à une crise d’ampleur régionale qui a atteint, ce lundi, un degré d’intensité inédit depuis le 7 octobre. Pour apaiser ses critiques, Tsahal a reconnu, ce vendredi, que les opérations ayant entraîné la mort des travailleurs de World Central Kitchen « violaient les procédures opérationnelles normales », et a jugé que les tirs étaient le résultat d’une « erreur d’appréciation opérationnelle de la situation » : « Les forces n’ont pas identifié les véhicules en question comme étant associés à l’organisation WCK et elles ont attaqué les trois véhicules du WCK, pensant à tort qu’ils transportaient des agents du Hamas ». L’armée a décidé de suspendre deux officiers et de réprimander trois autres soldats, en raison de leur responsabilité dans la décision de tir.

Devant l’indignation à géométrie variable de la communauté internationale, qui s’émeut bien moins des 33 000 Gazaouis assassinés depuis le 7 octobre, Israël a consenti, ce vendredi en début de matinée, à prendre des « mesures immédiates pour augmenter l’aide humanitaire à la population civile », d’après le communiqué du bureau du premier ministre, et s’est décidé à ouvrir partiellement la porte d’Erez, au nord, et celle de Kerem Shalom, au sud.

Sans qu’il soit pour l’heure possible d’indiquer si ces résolutions seront véritablement appliquées, alors que l’armée israélienne affame volontairement la population de l’enclave, ni même si l’aide alimentaire qui parviendra aux Gazaouis arrivera en quantité suffisante, ces déclarations témoignent des doutes qui travaillent les relations entre Israël et ses alliés. Il convient cependant de ne pas accorder trop de crédit à un gouvernement dont la stratégie de la guerre sans fin menace de plonger la région dans la nuit et le sang et dont les opérations génocidaires ont déjà condamné plus d’un million de personnes à l’exil et fait près de 35 000 morts et 90 000 blessés.


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