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L'inflation toujours là

Hausse des prix de l’électricité : le mégawattheure va passer de 42 euros à 70 euros d’ici 2026

Dans un accord, l’Etat et EDF prévoient que le mégawattheure passera de 42 euros à un « prix moyen » de 70 euros d’ici 2026. Si Le Maire promet la « stabilité » des prix, le nouveau calcul induira forcément une nouvelle augmentation des factures d’électricité pour les travailleurs.

Roxane Sinigaglia

1er décembre 2023

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Hausse des prix de l'électricité : le mégawattheure va passer de 42 euros à 70 euros d'ici 2026

Crédit Photo : : © 2018 Advantus Media, Inc

L’accord convenu entre EDF et l’Etat prévoit une nouvelle réglementation quant au calcul du prix de l’électricité. Alors que le prix du mégawattheure varie actuellement en fonction d’un calcul complexe intégrant notamment les niveaux de production et ses coûts, l’accord annonce qu’un tarif unique sera mis en place chez EDF, en 2026. L’objectif annoncé par Brunot Le Maire est d’éviter une « volatilité beaucoup trop forte » des prix, en d’autres termes garantir une « stabilité sur le long terme ».

Hausse des prix : 10% en 2024, mais ce n’est qu’un début !

Dans le même temps, un nouveau prix de référence de l’électricité a été adopté. D’après celui-ci, le prix du mégawattheure devrait passer d’ici à 2026 de 42 euros aujourd’hui à un « prix moyen » de 70 euros, soit une hausse de 66% par rapport à aujourd’hui.Le Canard Enchainé explicite ainsi le projet du gouvernement : « Aujourd’hui, le prix facturé à l’abonné au tarif réglementé comprend environ deux tiers de courant vendu au prix fixe de 42 euros le mégawattheure et un tiers acheté sur le marché… à un tarif changeant tous les jours. Dans le nouveau système, la totalité du courant sera achetée au prix du marché ».

Si cette nouvelle formule était appliquée aujourd’hui, l’augmentation du prix de l’électricité serait ainsi immédiate. « Le 20 novembre, le mégawattheure valait 120 euros sur le marché. Cela correspond à un prix réglementé de 68 euros, qui, avec la nouvelle formule, s’élèverait à 90 euros – soit un surcout de près d’un tier » explique ainsi le journaliste du Canard enchainé.

A cette augmentation de l’électricité, il faut ajouter une autre raison. Le gouvernement prévoit d’augmenter également le coût de transport de l’électricité qui compte pour un tiers de la facture totale, et cela en raison notamment d’une demande de RTE et d’Enedis auprès du gouvernement d’augmenter les tarifs, afin de gagner en compétitivité sur le marché.

En outre, l’incertitude sur le prix de l’électricité qui résultera de cet accord en 2026 reste grande et pourrait s’élever à bien plus que 70 euros. « il est impossible de prévoir aujourd’hui le prix de l’électricité qui en résultera en 2026 » explique-t-on à ce propos au Ministère de la Transition énergétique.

Pour l’heure, les répercussions prévues sur les factures pour les consommateurs sont déjà sonnantes et trébuchantes. Le 22 novembre, le patron d’EDF annonçait de son côté sur France Info que la hausse du prix de l’électricité s’élèverait à 10% maximum en 2024.

Un accord qui succède à l’ARENH

L’accord s’inscrit dans l’objectif du gouvernement de définir une nouvelle régulation qui succède à celle de l’ARENH (Accès Régulé à l’électricité nucléaire historique), mise en place en 2011 sous le quinquennat Sarkozy, et qui prend fin en 2026. Ce « bouclier », sous couvert de protéger les consommateurs de l’inflation, représentait déjà à l’époque un moyen de faire de nombreux cadeaux aux entreprises.

Comme l’expliquait Cédric Lietchi, secrétaire général de la CGT Energie Paris, à Révolution Permanente l’année dernière, l’ARENH « consiste à imposer à l’opérateur public qu’est EDF la vente à prix coûtant, sans aucune marge, de 25% de sa production nucléaire aux concurrents privés. Les concurrents privés réceptionnent cette électricité qu’ils ne produisent pas, qu’on leur donne, et la revendent en faisant des marges à des usagers devenus clients ». Dans un autre article paru dans nos colonnes en 2022, nous écrivions déjà : « Le marché de l’électricité (…) est organisé consciemment pour qu’EDF prenne sur lui l’essentiel des pertes afin de garantir les profits des fournisseurs privés. En réalité, la « grande » idée libérale n’est autre que celle de faire de l’outil énergétique la vache à lait du capital privé qui peut, à loisir, se rétribuer sur son dos ».

L’accord 2023 entre EDF et le gouvernement est donc un nouveau cadeau pour le patronat, non dissimulé, dans la continuité de l’ARENH. « Nous voulons redevenir une grande nation de production » déclarait Bruno Le Maire, le 14 novembre. Le prix de l’électricité « est un atout pour les entreprises (…) industrielles et énergo-intensives, pour accélérer la réindustrialisation de la France chère à Roland Lescure » ajoutait-il. L’accord permet ainsi aux entreprises d’investir dans l’électricité à prix fixe, et donc de faire du profit dans le dos de l’argent public et des ménages.

L’augmentation des prix de l’électricité s’inscrit dans une volonté de « résorber » la dette d’EDF. En juillet, le gouvernement déclarait en ce sens entrer dans « cinq années d’austérité » pour suivre un objectif de réduction des dépenses publiques de 4,2 milliards d’euros. Un prix que le gouvernement fait payer durement aux personnes précaires en faisant des économies sur leur dos, à l’image de la baisse des remboursements des frais de santé, et de la fin « progressive » du bouclier tarifaire sur les prix de l’énergie.

Face à la hausse des prix, des mesures d’urgence doivent être mises en place

Entre 2011 et 2023, la facture d’électricité des ménages français a augmenté de 75% et 12 millions de familles sont actuellement en situation de précarité énergétique. Pour affronter cette crise, il est urgent d’imposer que les prix de l’énergie soient décidés, non par le patronat qui s’enrichit sur notre dos, mais des comités populaires de contrôle des prix, où se réuniraient les travailleurs du secteur de l’énergie, et la population. Mais alors que le processus de privatisation d’EDF ne va qu’en s’aggravant, il s’agit d’imposer, par la mobilisation, l’expropriation des grands groupes de l’énergie sous contrôle des travailleurs, seul moyen de faire payer les patrons ! De la même manière face à l’inflation, il est nécessaire d’imposer l’indexation des salaires sur cette dernière, ainsi que la hausse des salaires de 400 euros minimum !


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