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Éducation

Formation des enseignants : Macron cherche à renforcer le contrôle des futurs profs

Vendredi dernier, Macron annonçait une énième réforme « surprise » du recrutement des enseignants. Une réponse à la « crise de l’attractivité » du métier par une mise au pas des étudiants qui se destinent à être profs.

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Formation des enseignants : Macron cherche à renforcer le contrôle des futurs profs

Crédits photo : Vidéo le Figaro TV

Macron a choisi son déplacement dans une école primaire parisienne ce vendredi 5 avril pour annoncer, en grande pompe, la création des « écoles normales du XXIe siècle » qui viendront remplacer les INSPE (Institut national supérieur du professorat et de l’éducation) à partir de 2025. Une énième réforme de la formation des enseignant·es, quelques années seulement après celle de Blanquer, et qui aurait cette fois l’ambition d’un « changement de paradigme » sur le terrain de l’école.

Une énième réforme du recrutement des enseignant·es

Cette nouvelle contre-réforme a pour objectif de « résorber » la pénurie d’enseignant·es, une problématique au cœur de la crise profonde que traverse l’Éducation Nationale alors que plus de 1000 postes sont restés vacants cette année. Une pénurie que Macron explique, comme l’ont fait ses différent·es ministres de l’Éducation, par une seule et même cause : la complexité des conditions de recrutement, qu’il conviendrait une fois de plus de « rationaliser ». Cette fois-ci, c’est le président lui-même qui monte au créneau en annonçant des changements pour la rentrée scolaire 2025 sur les conditions de recrutement des futurs enseignant·es.

Désormais, les concours d’entrée dans l’enseignement du premier et du second degrés seront ouverts à bac+3 - une mesure qui revient sur la réforme Blanquer qui avait déplacé la possibilité de passer le concours de bac+4 à bac+5, faisant alors drastiquement chuter le nombre de candidatures. Les lauréat·es du concours intégreront alors une formation « normale » de deux ans en master, à l’issue duquel ils et elles seront titularisé·es. Ce master comporterait un stage d’observation en première année, puis un mi-temps devant les élèves en deuxième année. Ces deux années seraient chacune rémunérées, la première de 900 euros et la seconde de 1800 euros bruts mensuels, d’après Mediapart. Une façon très concrète d’attirer de nouveaux et nouvelles candidat·es, alors que la majorité des étudiant·es étaient jusqu’ici exclu·es de la possibilité de devenir enseignant·es par la longueur des études exigées sans aucune contrepartie financière. Mais ce changement ne se fera pas sans contrepartie vis-à-vis de l’État.

Une volonté claire de mettre au pas les nouvelles générations d’enseignant·es

Dans les colonnes de Mediapart, le chercheur Richard Étienne exprime au sujet du projet de réforme annoncé par le gouvernement la « crainte d’une caporalisation », c’est-à-dire d’un contrôle accentué de la formation des enseignant·es, qui se fera au sein de ces « écoles normales », non plus dans le seul cadre de l’université mais directement sous la houlette du ministère de l’Éducation et de l’inspection générale. Au programme de cette formation initiale : moins d’enseignements disciplinaires, plus de considérations « pédagogiques et didactiques » - à grand renfort de propagande sur les « valeurs de la République ». « Le président de la République assume une formation plus directive, pensée pour donner des outils et une méthode commune aux futur·es enseignant·es, articulée également autour du « réarmement civique », du rétablissement de « l’autorité » du maître et nourrie des innovations pédagogiques déployées dans le cadre du CNR « éducation » », analyse Mediapart, le CNR n’étant autre que le Conseil National de la Refondation, un dispositif déployé par Macron en 2022 pour préparer la mise en place de futures contre-réformes.

Mais cette formation au contenu hautement idéologique ne commencerait pas à bac+3. Pour préparer le concours d’entrée, les étudiant·es qui se destinent à devenir professeur·es des écoles seront incité·es à s’inscrire dans de nouvelles « licences intégrées », dès leur sortie du bac. Au menu : une formation pluridisciplinaire en français, maths, histoire-géo, etc..., mais aussi un volet « pédagogique » qui comprendra des modules « valeurs de la République », comme le précise France Info. Si cette licence ne sera pas obligatoire pour passer le concours, les étudiant·es qui l’auront validée seront largement favorisé·es, avec un nombre de places réservées parmi les lauréat·es. Concernant le second degré, si une telle licence n’est pas (encore) à l’ordre du jour, il est précisé que des « modules dédiés » seront déployés dans les formations par matière à l’université afin de préparer le concours.

En positionnant le concours à bac+3 dans ces conditions, le gouvernement cherche donc autant à combler le manque d’enseignant·es qu’à créer les conditions pour que les travailleurs et travailleuses qu’il recrutera dès 2025 soient plus dociles et conciliant·es à l’égard des programmes qu’il leur demandera d’appliquer au nom du « réarmement civique ». Il sera d’autant plus difficile pour les nouveaux et nouvelles enseignant·es de forger leur esprit critique vis-à-vis des contenus qu’ils seront orienté·es vers une spécialisation précoce, au point que la formation pour le 1er degré commencera directement après le lycée, les candidat·es n’étant alors jamais « sorti·es » de l’Éducation nationale une fois arrivé·es au concours. Enfin, en cas de regrets une fois la formation commencée, les futur·es enseignant·es seront incité·es à poursuivre dans la voie de l’enseignement puisque le master obtenu à l’issue du parcours ne sera qualifiant pour rien d’autre.

Ou comment résoudre la crise de l’Éducation en un sens toujours plus autoritaire

Par l’annonce de ce « changement de paradigme », Macron promeut bien des outils pour résoudre la crise de l’Éducation mais en un sens toujours plus autoritaire. Bien loin d’améliorer les conditions de travail des enseignant·es au moyen d’un plan d’embauche massif et de moyens, il s’agit en définitive d’accentuer le contrôle de l’État sur les enseignements et de renforcer l’institution scolaire dans sa fonction de reproduction idéologique des « valeurs de la République ». Alors que la réforme ne verra ses impacts qu’à moyen-terme, Macron cherche à accélérer le rythme pour briser au plus tôt les germes de contestations de l’institution qui s’expriment déjà dans certains secteurs enseignants, comme l’a illustré la colère qui s’est cristallisée contre la réforme dite du « choc des savoirs ».

Dans ce cadre, chercher à faire passer la pilule de sa réforme par des mesures d’incitations économiques, à travers la promesse d’un « salaire intégré » qui n’en est pas un, n’est qu’un énième crachat au visage des enseignant·es qui se mobilisent depuis des mois pour exiger une transformation profonde de leurs conditions de travail, à travers des moyens massifs, des augmentations de salaires et, dernièrement, la mobilisation notamment dans le 93 et en Île-de-France pour des moyens et contre la réforme du « choc des savoirs ». En annonçant cette nouvelle formation, Macron ne fait que poursuivre son projet de casse des services publics et de mise au pas de la jeunesse.

C’est pourquoi les nouvelles annonces du gouvernement ne doivent faire l’objet d’aucun compromis de la part des organisations syndicales qui, à l’instar de Sud, qui met en avant le fait qu’« une partie de ses revendications ont été reprises par le ministère », semblent pour l’heure prêts à accepter la réforme, en échange de l’ouverture de négociations sur différents aspects. Alors que le gouvernement ne renvoie que du mépris aux enseignant·es qui se mobilisent depuis des semaines, l’heure n’est pas au dialogue social, mais à la préparation d’un plan de bataille pour l’amélioration concrète des conditions d’enseignement.

Cela passe par des mesures d’urgence sur le plan des conditions de travail et d’étude, à commencer par la titularisation immédiate des contractuel·les et l’octroi du même salaire ainsi que du même statut à tous les enseignant·es, une augmentation de 400 euros des salaires et leur indexation sur l’inflation, ainsi que des moyens massifs pour que chaque enseignant·e puisse faire classe dans des conditions dignes et devant vingt élèves maximum tout long de l’année. De même, les organisations syndicales doivent exiger le retrait de toutes les attaques antisociales et racistes qui sont en train d’être menées pour soumettre et diviser la société, dont l’école n’est qu’une caisse de résonance.

Alors que Macron se place en grand réformateur de l’école, rêvant d’achever sa transformation néolibérale en renouant avec des dispositifs de plus en plus bonapartistes, il est temps de lui opposer une tout autre conception : celle d’une transformation révolutionnaire de l’école, s’inscrivant dans une lutte de l’ensemble du monde du travail et des classes populaires, visant à la construction d’une société débarrassée de l’exploitation et des oppressions et dans laquelle l’éducation sera orientée par les enseignants eux-mêmes, non plus selon les besoins de la classe dominante mais selon ceux de la majorité.


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