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« État des Gueux » : un one-man show qui se demande comment faire la révolution

Qu'est ce qui nous empêche de faire la révolution ? C'est la question qui anime Matthieu Longatte dans son dernier one-man show « État des gueux ». L'humoriste livre une vision de la société pleine d'humour et de sensibilité, sans abandonner les clashs contre les politiques qui l'ont fait connaitre.

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« État des Gueux » : un one-man show qui se demande comment faire la révolution

On le connaissait pour ses punchlines incisives, ses insultes à l’encontre des politiciens et sa bouteille de vin rouge pour seul décor. Après Bonjour Tristesse Matthieu Longatte revient avec le one-man show État des gueux. Celui dont les coups de gueule ont accompagné toute une génération qui s’est politisée à travers Nuit Debout, les protestations contre la Loi Travail, la détestation de Manuel Valls et l’opposition à l’état d’urgence, adopte cette fois un ton plus mesuré pour un spectacle qui mêle humour, sensibilité et réflexion sur le système et ses politiciens.

Quitte à tuer le suspense disons-le d’emblée : nous avons adoré. Mathieu Longratte réussit brillamment l’objectif de « rire ensemble grâce à ceux que l’on déteste » et nous amène presque naturellement à la question qui l’anime, et nous avec lui : « qu’est ce qui nous empêche de faire la révolution ? ». Malgré cette interrogation on ne peut plus sérieuse, Matthieu Longatte ne perd rien de son mordant et démarre son spectacle avec un florilège des énormités proférées par nos gouvernants au cours des dernières années.

Tout le monde y passe donc, en commençant par Macron qui « nous prend pour ses Sims », jusqu’à Hollande le « président de la loose » qui « fera sauter une page aux historiens », en passant par Sibeth Ndiaye la bien-nommée, en nous rappelant Fillon qui fait campagne sur son « exemplarité » en accumulant les casseroles, ou encore une ministre de la Santé qui réussit l’exploit de démissionner en pleine pandémie.

Nos politiciens sont passés au crible et le one-man-show prend des allures cathartiques. Une catharsis d’autant plus efficace que Longatte réussit à nous faire rire de tout, et même du Covid et de nos « auto-autorisations » de sortie. Le spectacle n’épargne pas non plus l’extrême droite ou la réforme des retraites. Ni même Jean-Luc Mélenchon, qui en prend pour son grade, avec quelques rappels de ses déclarations sur le voile, ses positions pro-impérialistes ou son refus passé de condamner l’islamophobie.

Mais, c’est la deuxième moitié du spectacle qui illustre le mieux les qualités d’écriture de l’humoriste. En mêlant anecdotes sur les bizarreries de la vie quotidienne et observations sur la société, Longatte explore les « métiers qui entravent la révolution » : les médias, la justice, la police, et ... les contrôleurs, « un métier qui réussit l’exploit d’appauvrir les pauvres sans s’enrichir ». L’humoriste parvient même à nous arracher quelques fous rires lorsqu’il raconte les violences policières et le racisme subis par ses proches depuis son enfance en banlieue parisienne. Un récit qui mêle l’humour à la rage, et renforce notre désir de révolte contre les injustices du système.

S’il a pourtant écrit le spectacle bien avant le génocide en cours à Gaza, Longatte, en fervent défenseur de la libération de la Palestine, expose l’absurdité du traitement médiatique de la situation et l’hypocrisie mortifère des dirigeants français.

Dans la dernière partie, l’humoriste aborde les questions d’homophobie, de racisme et de sexisme, et démontre avec finesse l’obstacle à la révolution qu’elles représentent. A l’aide d’une pyramide classant les différents racismes, il insiste sur le caractère absurde des préjugés sur les juifs, les musulmans ou les roms, dans une des séquences les plus réussies du spectacle. Et c’est là une des qualités du one man show, Longatte tape juste et provoque pour faire réfléchir son public et dénoncer les divisions.

Il conclut alors le spectacle sur cette note, avec une tirade que nous vous retranscrivons pour l’apprécier intacte :

« La haine envers quelconque communauté est ennemi de la révolution. On est tous différents, mais ce qu’on a tous en commun c’est le statut de victime des politiques. Le jour où on aura compris que notre colère a plus intérêt à être dirigé contre ceux qui nous gouvernent, peut-être que là ils claqueront un peu plus des genoux. Le jour où ceux qui subissent l’homophobie iront manifester contre le racisme, où ceux qui subissent le racisme iront manifester contre l’homophobie et le jour où l’homme blanc comprendra qu’il ne subit pas grand-chose et qu’il peut filer un coup de main, on aura peut-être avancé. Le progrès passera par la convergence des luttes, croyez-moi, parce que les luttes de niche ça les arrange tellement… Ce jour-là, on aura peut-être pas encore fait la révolution, mais au moins on pourra dire plus facilement : Au revoir tristesse. ».

Pour ceux qui adoraient déjà Bonjour Tristesse ou qui ont aimé la série Narvalo (écrite et réalisée aussi par Matthieu Longatte), on vous conseille de filer au République, un vendredi, un samedi ou un dimanche, de constater que vous ne serez pas déçus, et d’y retourner chaque fois que la démoralisation prend le dessus.

Pour ceux qui ne le connaissaient pas, on vous conseille aussi d’y aller. Parce qu’à l’heure où le gouvernement multiplie les attaques racistes et anti-sociales, il est bon de se prendre un soir pour rire de tous ces politiques que l’on déteste, pour se motiver à retourner les combattre.


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