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Définancement de l’UNRWA : une sanction impérialiste au service du nettoyage ethnique à Gaza

Depuis vendredi, les Etats-Unis et de nombreux pays impérialistes ont annoncé couper leurs financements à l’UNRWA suite à des accusations d’Israël contre 12 de ses 30 000 employés. Une mesure qui participe à faciliter encore un peu plus le projet de recolonisation israélien de Gaza.

Wolfgang Mandelbaum

29 janvier

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Définancement de l'UNRWA : une sanction impérialiste au service du nettoyage ethnique à Gaza

Crédit photo : Compte X de l’UNRWA

Ce vendredi, les États-Unis ont annoncé couper tout financement à l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient). Une décision suivie dans la foulée par l’Allemagne, la Finlande, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, l’Italie, le Canada, l’Australie, le Japon ou la France. La raison invoquée relève du ridicule, puisqu’elle se base sur l’hypothétique participation de 12 de ses employés à l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre. Ces allégations proviennent du gouvernement israélien, et on ne sait pas à l’heure actuelle ce qu’elles recouvrent.

Les pays impérialistes ont donc retiré leur aide à une agence humanitaire de l’ONU essentielle parce que 12 de ses 30 000 employés sont suspectés de liens avec le Hamas par un pays qui est en train de commettre un génocide. L’annonce est intervenue le lendemain du rendu de la décision de la Cour Internationale de Justice (CIJ), enjoignant Israël à prendre des mesures conservatoires pour éviter un « risque génocidaire ».

Ce n’est pas un hasard : l’annonce du définancement de l’UNRWA par les États-Unis et ses alliés apparaît comme une réponse directe à la décision de la CIJ, sous la pression d’Israël. Le référé de la CIJ, qu’Israël et ses alliés ont décidé de ne pas respecter, écornait encore un peu plus l’image d’Israël, qui a donc répondu en détournant le regard vers une autre instance de l’ONU, dont le travail humanitaire depuis des décennies est central pour la survie de la population palestinienne. Présente à Gaza, en Cisjordanie, au Liban, en Syrie et en Jordanie, l’UNRWA a pour objectif d’assister les 700 000 réfugiés palestiniens de la Nakba, puis des différentes guerres qui ont opposé Israël aux Palestiniens, ainsi que de leurs descendants.

Au total, ce sont près de 6 millions de Palestiniens qui dépendent de l’UNRWA pour subsister. Le gros de son activité est dans le domaine de l’éducation, puisqu’elle supervise plus de 700 établissements scolaires, mais aussi dans le médical, avec 140 établissements de soins. Mais son activité englobe également de nombreux autres secteurs, palliant les manquements des gouvernements des pays dans lesquels l’agence est présente. L’agence était jusqu’ici principalement financée par les pays mêmes qui viennent de lui retirer leurs aides, comme un service après-vente des exactions de leur allié israélien mais aussi un moyen d’assurer un minimum de soutien humanitaire à la population pour pacifier la région.

Cette aide « humanitaire » leur permettait par ailleurs d’avoir un droit de regard sur les secteurs avec lesquels l’agence opère. L’UNRWA, en raison de son engagement à s’occuper des réfugiés sans chercher à les intégrer aux pays d’accueil, contrairement à l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, a constamment été la cible d’Israël. Ce dernier perçoit l’agence comme maintenant la possibilité d’un droit au retour des réfugiés palestiniens. L’UNRWA est donc une cible légitime pour Israël, qui bombardé une grande quantité de ses structures depuis le 7 octobre, et a tué plusieurs centaines de ses employés. Ici comme ailleurs, Israël met en pratique la « doctrine Dahiya » : toute cible, civile ou non, qui vient en aide aux Palestiniens, est justifiée.

Les États-Unis, malgré leur statut de principal financeur de l’UNRWA, ont eux aussi des liens tendus avec l’agence, et avaient déjà annoncé retirer leur financement en 2018 sous pression israélienne, une décision annulée par l’administration Biden. Pour des raisons semblables, les États-Unis avaient coupé en 2011 le financement à une autre agence de l’ONU, l’UNESCO, parce qu’elle avait intégré la Palestine dans son programme. L’« aide humanitaire » proposée par les États-Unis est donc éminemment politique, susceptible être révoquée dès que l’intérêt politique le justifie.

Si l’arrêt des financements de l’UNRWA exigé par Israël est une riposte à la décision de la CIJ, il s’agit par ailleurs d’une attaque stratégique contre un des derniers organes apportant une aide directe aux Palestiniens. La guerre menée par Israël à Gaza est une guerre totale, et elle ne pourra être complète qu’avec l’anéantissement de toutes les structures permettant aux Palestiniens de subsister. Ceci a été explicitement affirmé récemment par Noga Arbell, une ancienne du ministère des affaires étrangères, qui expliquait à la Knesset le 4 janvier : « il sera impossible de gagner la guerre si nous ne détruisons pas l’UNRWA, et cette destruction doit commencer immédiatement ». De la même manière, Israël Katz, le chef de la diplomatie israélienne, a affirmé samedi sur X qu’il entendait s’assurer que « l’UNRWA ne ferait pas partie » de l’après-guerre à Gaza.

Le définancement d’une agence de l’ONU par les principaux alliés d’Israël est donc un nouveau soutien explicite à la volonté d’Israël d’écraser définitivement les Palestiniens, et ouvre encore un peu plus la voie au nettoyage ethnique de la population gazaouie. Alors que l’extrême-droite israélienne organisait ce week-end une conférence appelant à la recolonisation de Gaza, à laquelle a pris part le ministre de la sécurité Itamar Ben Gvir, cette mesure révèle encore un peu plus l’hypocrisie cynique des pays impérialistes. Alors qu’ils prétendent s’inquiéter ces derniers mois de la situation humanitaire des Palestiniens qui subissent l’offensive d’une armée qu’ils financent et alimentent, ils assument cette fois ouvertement de saper les fondements de la survie des Palestiniens à Gaza, en Cisjordanie et dans les pays frontaliers.


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