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école morte

Chambéry. Les parents d’élèves rejoignent la mobilisation en soutien à une enseignante 

Alors que 50 % des enseignant·es des Hauts de Chambéry étaient en grève mardi dernier en soutien à l’une de leurs collègues, les parents d’élèves appellent à une journée « école morte » le 2 mai. Une mobilisation inédite dans le quartier, qui fait écho à plusieurs autres.

Rosa Emilia

15 avril

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Chambéry. Les parents d'élèves rejoignent la mobilisation en soutien à une enseignante

Mardi dernier, 50 % des enseignant·es de la dizaine d’écoles que compte les Hauts de Chambéry se sont mobilisés lors d’une grève spontanée, en soutien à une de leurs collègues, contrainte de changer d’école à la rentrée. Mercredi soir, une délégation issue du collectif de grévistes a été reçue par l’inspecteur d’académie, qui a opposé une fin de non-recevoir à leurs demandes. Ils ont finalement déterminé la suite à donner à cette mobilisation inédite dans le secteur à l’occasion d’une réunion avec les parents d’élèves jeudi soir.

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Mercredi soir, alors qu’une trentaine d’enseignant·es s’était regroupée devant la DSDEN, se déroulait l’audience avec l’inspecteur d’académie. À la suite de près de deux heures d’échange, un délégué du personnel du Snuipp confiait « il faut se rendre à l’évidence : on n’a rien gagné. » En effet, pour M. Coux et son adjointe, il n’est pas question de désavouer une commission d’entretien constituée d’une inspectrice de l’éducation nationale (IEN).

Avec les parents d’élèves, la mobilisation se poursuit et se transforme

Ainsi, jeudi soir, ce sont une soixantaine de personnes, dont plus d’une vingtaine de parents d’élèves, qui se sont réunies pour échanger sur les suites à donner à la mobilisation.

Une première partie des échanges a porté sur la compréhension de la situation et ce qu’elle signifie. Pour Rania*, une parent d’élèves, c’est la tristesse et l’incompréhension. Son fils entrera en grande section l’année prochaine. Or, elle était rassurée de savoir que comme beaucoup d’autres enfants, il allait vivre une année scolaire avec Catherine*. Dans la discussion, cette enseignante très appréciée a été évoquée comme un repère pour les familles. Parents et professeurs se retrouvent sur le constat d’un système violent, qui ne considère ni les personnels, ni les élèves. Bien que ce soit le déplacement de Catherine* qui ait été le déclencheur, le manque de moyens humains a aussi été évoqué comme un symptôme d’une institution maltraitante contre laquelle il est essentiel de lutter. La suite des échanges a permis d’aborder différentes pistes d’actions, dont une journée école morte, prévue pour le jeudi 2 mai. Il a aussi été décidé d’organiser une manifestation le jour même, à laquelle a été convié le député LFI Jean-François Coulomme, qui a déjà confirmé sa présence pour l’évènement. De plus, un courrier à destination du directeur académique, sous forme de pétition, a circulé toute la journée. Vendredi soir, il était signé par plus de 80 personnes.

Face au soutien des parents, la mairie et l’IEN mettent la pression aux directeur-ices d’école

Alors que les pancartes ont été installées entre 11h et 13h par les parents d’élèves, certaines ont
été enlevées par une conseillère pédagogique à peine quelques heures après. Et à 16h30, les directeurs et directrices d’école recevaient ce mail de leur inspectrice :

« Mesdames les Directrices, Messieurs les Directeurs,

J’ai été informée par la mairie de Chambéry que des affiches avaient été posées sur les portails dans différentes écoles des Hauts de Chambéry par les parents des élèves de l’école maternelle de Vert Bois, pour appeler à une journée morte le 2 mai 2024.

Notre devoir de neutralité impose le retrait immédiat des panneaux, les parents bénéficiant d’espaces spécifiques dans l’école pour communiquer.

Je vous remercie par avance de votre coopération et reste à votre disposition pour toute information supplémentaire.

Bien cordialement. »

Une tentative pour invisibiliser la mobilisation, à laquelle les parents ont répondu en déplaçant les panneaux de quelques mètres, et en continuant à faire tourner l’information sur les réseaux sociaux.

Une mobilisation inédite dans ce quartier de Chambéry, qui fait écho à d’autres

Ce type de mobilisation, qui associe spontanéité et participation des familles, qui construisent la lutte avec les enseignant·es, est assez inédite dans ce quartier populaire de Chambéry. Elle fait toutefois écho aux nombreuses mobilisations en cours dans l’Education nationale.

Associée à des méthodes managériales de plus en plus brutales, la casse du service public d’éducation s’accompagne en effet de contre-réformes face auxquelles les personnels, mais aussi les élèves et leurs familles, se mobilisent. Que ce soit contre des suppressions de postes, des fermetures de classes, pour exiger des moyens, mais aussi pour la réintégration de collègues réprimés, et, aujourd’hui, contre le « choc des savoirs », des journées de grève, des manifestations, des écoles mortes, ont lieu un peu partout en France.

Dans le 93, la mobilisation pour un « plan d’urgence », en cours depuis le 26 février, a vu ainsi plus de 50 % des enseignant·es du département se mettre en grève pour exiger des moyens pour l’école publique. Une lutte inédite par sa radicalité et son caractère politique, qui s’accompagne du retour des assemblée générales de ville, où les élèves et familles se sont là aussi associés aux enseignant·es dans la construction de la mobilisation. Autre exemple, à Nantes, après trois jours de grève des enseignant·es en Loire-Atlantique le mois dernier, une soirée pour l’école a rassemblé plus de 500 parents et personnels de l’éducation.

La multiplication des mobilisations face à la violence des attaques contre les personnels, contre les élèves et contre l’école marque une combattivité qui persiste à toutes les échelles. Des attaques face auxquelles les enseignant·es, mais aussi les familles, voient à Chambéry et ailleurs la nécessité de s’organiser et de rassembler le plus largement possible pour ne plus laisser passer.


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