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Réchauffement climatique

Canicule à l’usine : les ouvriers de Stellantis-Hordain débrayent pour des pauses fraicheurs

La vague de chaleur de la semaine dernière a rendu les conditions de travail insoutenables à l’usine Stellantis d’Hordain, générant plusieurs malaises. Pour forcer la direction de l’usine à prendre en compte leur santé, les salariés ont effectué deux débrayages hier et vendredi dernier.

Dorian Maffei

12 septembre 2023

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Canicule à l'usine : les ouvriers de Stellantis-Hordain débrayent pour des pauses fraicheurs

Crédits photos : débrayages à l’usine PSA Mulhouse en septembre 2022 // CGT PSA

Des malaises liés à la vague de chaleur de la semaine dernière

La semaine dernière, la France s’est retrouvée couverte par un dôme de chaleur qui a provoqué des températures exceptionnellement chaudes. Le précédent record de 1949 a même été battu, faisant du 4 septembre la journée la plus chaude jamais enregistrée en France pour un mois de septembre. Météo-France pointe un épisode de forte chaleur remarquable par sa durée et son intensité, si tard dans la saison, et pointe clairement l’impact du réchauffement climatique qui favorise l’extension des vagues de chaleur estivales.

À l’usine Stellantis d’Hordain (Nord), où sont notamment assemblés des véhicules de marques Peugeot et Citroën, les températures extérieures ont dépassé les 30°C tous les après-midis du 5 au 10 septembre, frôlant des températures caniculaires. Devant cette situation, la direction s’est d’abord contentée d’appliquer le premier niveau du « plan chaleur », déclenché à partir de 30°C, à savoir distribuer une unique bouteille d’eau par employé. Le plus souvent, les salariés doivent quand même batailler pour obtenir ce minimum, la direction n’hésitant pas à leur rétorquer qu’il ne fait « que 29°C », c’est-à-dire une température qui correspond à un relevé extérieur, en décalage avec la température réelle dans les ateliers. Bien sûr, elle se refuse également à relever les températures dans les ateliers comme le demande la CGT. Selon le secrétaire général du syndicat Franck Théry, « elle sait très bien que si elle fait ça, elle va devoir donner des pauses de dix minutes assez souvent ».

Franck Théry, secrétaire général CGT de l’usine, témoigne : « En temps normal, les conditions de travail sont très compliquées, et là avec la chaleur c’est encore pire. Ce n’est pas supportable. Dans les ateliers, il n’y a pas de ventilation ou de climatisation. S’il fait 30 degrés dehors, il fait 36-38 à l’intérieur donc au bout d’un moment, les salariés tiennent plus » .

Un protocole national impose à la direction d’installer des ventilateurs. Pourtant, la semaine dernière, il n’y en avait aucun. Plusieurs salariés ont fait des malaises. À certains postes, la chaleur ambiante est encore plus insoutenable, comme à l’atelier de ferrage où les soudeurs doivent, pour travailler, être équipés de combinaisons en cuir, de cagoules, de casques et de gants. Et pour couronner le tout, les douches qui devraient permettre aux ouvriers de se rafraîchir après le travail sont en mauvais état et trop peu nombreuses.

« Il n’y a que la mobilisation qu’elle comprend »

« Il y aura de plus en plus de fortes chaleurs avec le changement climatique. Chaque année on a des journées de plus en plus chaudes. On va demander à revoir le plan chaleur et le plan eau. La direction, elle attend tout le temps la dernière minute. Ça passe ou ça casse » dénonce Franck Théry.

Le deuxième niveau de ce « plan chaleur », c’est le déclenchement de dix minutes de pauses et la suppression du débordement horaire ou « overtime ». Or les ouvriers ne voient aucune justification au maintien à tout prix de ces débordements horaires qui leur rajoutent vingt minutes de travail en plus dans des conditions difficilement supportables, alors même que la production peine à être garantie sur les horaires normaux. En effet, la semaine dernière, un problème d’approvisionnement en disques de freins provenant du site de Sept-Fons (Allier) a perturbé la production.

Mais pour obtenir ces dix minutes de pause supplémentaires et annuler le débordement horaire, le protocole exige que la température extérieure atteigne au moins 32°C trois jours de suite, ou bien que la température atteigne 32°C et que l’hygrométrie dépasse à 50%, des seuils bien au-dessus des conditions de travail correctes dans l’usine. Pour Franck Théry, qui dénonce des conditions intenables l’après-midi dans les ateliers, « oui il y a un protocole, mais après c’est une question d’humanité ».

Face à ces conditions de travail délétères, une partie de l’équipe travaillant l’après-midi à l’atelier d’habillage a effectué une première grève vendredi dernier. Alors que la direction n’a cessé de supprimer des postes dans l’usine, le moindre débrayage permet aujourd’hui d’arrêter les lignes de production. Les salariés ont bien compris qu’ils avaient une force dans leurs mains ». En effet, sitôt la grève débutée, la direction qui ne voulait rien entendre a changé son fusil d’épaule et consenti à accorder les dix minutes de pause alors même que les critères du protocole n’étaient pas atteints.

Pour Franck Théry, c’est la preuve que « si les gens ne se mobilisent pas, ils ne déclenchent rien [...] Elle avait lâché les dix minutes vendredi dernier parce que y’a eu le débrayage. Malgré tout, lundi, quand on est revenus, il faisait toujours aussi chaud ». Hier après-midi, une vingtaine d’ouvriers d’une autre équipe de l’atelier « habillage caisse » ont donc débrayé une nouvelle fois durant plus d’une heure pour exiger des ventilateurs, ainsi que la pause de dix minutes supplémentaires que la direction leur avait refusé. Franck Théry conclut : « Il n’y a que la mobilisation qu’elle [la direction] comprend. Du moment que les bagnoles sortent, que ça soit par la sueur ou même si les mecs font des malaises, elle n’en a rien à foutre ».

Dans un tel contexte, la CGT de l’usine anticipe déjà l’arrivée de l’hiver et l’impact de potentielles vagues de froid sur les ouvriers les plus exposés car travaillant près des sas et des ouvertures. Leur crainte est qu’en cas d’hiver assez rude, ils soient de nouveau contraints de lancer un débrayage pour obtenir l’installation de pompes à chaleur portatives.


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