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Greenwashing

COP28 à Dubaï. Un sommet au service des énergies fossiles et de la diplomatie israélienne

Ce jeudi, la COP28 se lançait à Dubaï, présidée par un PDG d'une entreprise pétrolière émirati avec le soutien de plus de 7200 lobbyistes fossiles. Une supercherie qui ne convainc plus, des scientifiques aux militants écologistes, à l'heure où les effets du changement climatique s'accentuent.

James Draoust

30 novembre 2023

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COP28 à Dubaï. Un sommet au service des énergies fossiles et de la diplomatie israélienne

Crédits photos : Capture d’écran France 24

Ce jeudi 30 novembre en fin de matinée, la COP28 s’est ouverte à Dubaï devant les représentants de 197 États. Elle devrait réunir au total plus de 80 000 personnes sur douze jours.

Une COP28, sous le feu des critiques, pilotée par les entreprises pétrolières

Sous le feu des critiques du mouvement écologiste et scientifique, la COP28 se déroule cette année dans les Émirats Arabes Unis, une des principales puissances pétrolière mondiale .

La COP28 est présidée par l’Émirati Sultan Al-Jaber, [PDG de la firme pétrolière ADNOC (Abu Dhabi National Oil Company), au centre de nombreux conflits d’intérêts, étant donné que les entreprises pétrolières prévoient d’utiliser ce sommets mondial pour fructifier leur marché économique, selon des documents révélés par la BBC. Cela, en organisant des rencontres avec plusieurs pays pour discuter de nouveaux accords commerciaux pétro gaziers et le lancement de nouveaux projets gaziers au Mozambique, Canada ou encore en Australie ou l’exploration d’hydrocarbure en Colombie. Par ailleurs, dans des mails révélés par la BBC, l’ADNOC explique également utiliser la COP pour ouvrir des discussions par exemple avec le ministre de l’environnement brésilien pour mettre la main sur une société gazière brésilienne Braksem. Par ailleurs, les liens entre la COP et le marché pétrolier ne s’arrêtent pas là, étant donné le nombre de lobbyistes présents dans une trentaine de délégations : 7 200 lobbyistes pétroliers ont obtenu des accréditations depuis 2003, selon l’ONG Corporate Accountability, avec une augmentation de 25% rien que sur [la dernière débâcle de la COP27. Parmi eux, 267 sont liés aux entreprises écocides TotalEnergies, Schell, ExxonMobil, Chevron ou encore BP.

Lire aussi : COP27 : un nouvel accord catastrophique pour le climat et les pays dominés :

Du côté scientifique, de nombreuses critiques contre la COP ont émergé, dont celles de Yasmina Saheb, co-autrice du GIEC et experte des politiques climatiques, qui explique dans l’émission A l’air libre du 28 novembre du journal Médiapart : « Avec la COP28, on est arrivé au summum de l’hypocrisie des discussions internationales sur le climat. On essaye de résoudre une question mondiale, qui remet en question la gouvernance internationale, mise en place après la seconde guerre mondiale, alors que ses outils ont créé la crise climatique. C’est absurde. D’un point de vue théorique, on sait très bien qu’il est impossible que les COP puisse résoudre la crise climatique et écologique. »

Ses nombreuses critiques, en amont de la conférence, ont forcé les organisateurs de la COP à un discours toujours plus hypocrite et consensuel soi-disant préoccupés par l’accentuation du réchauffement climatique. En effet, par exemple, dès le discours d’introduction, Sultan Al-Jaber a déclaré vouloir « trouver le moyen d’inclure la responsabilité des énergies fossiles » dans les discussions. Par ailleurs, il a appelé à construire un accord « inédit » sur le financement des pertes et préjudices pour les destructions causées par les Pays du Sud qui n’est rien d’autre qu’une mise en place, loin d’être effective, de l’accord « historique » de la COP27.

La question des énergies fossiles à la COP28 et le greenwashing du captage carbone

Malgré sa composition, cette COP28 cherche donc à se faire valoir comme le premier sommet qui reconnaîtrait la responsabilité des énergies fossiles. Une supercherie d’autant plus claire qu’elle ne pose ni le problème de la production d’hydrocarbures, toujours en augmentation, ni celui des pillages impérialistes et écocidaires qu’elle cause.

Alors que, depuis les années 1970, les plus importantes multinationales pétrolières sont au courant, avec précision, du changement climatique, de la responsabilité des hydrocarbures et qu’elles ont mis en place une « fabrique du doute » pour nier cette responsabilité pendant des décennies, il est totalement hypocrite dans une conférence sur le climat, pilotée par les lobbys pétroliers et les intérêts concomitants de leurs états respectifs, d’espérer une quelconque avancée sur le sujet.

Au contraire, cette COP a pour enjeu fondamental de verdir de futurs nouveaux projets pétroliers et de justifierl’augmentation de la production mondiale d’hydrocarbures, comme le montre la discussion qui s’y est ouverte en faveur de la solution du captage carbone et du stockage du CO2 plutôt que pour la réduction des émissions.

Un nouveau sommet du Greenwashing en plein génocide des palestiniens

Alors que les impacts du réchauffement climatique se font de plus en plus sentir, cette COP28 devrait donc servir à tirer le bilan de l’inutilité des COP dans leur ensemble. En effet, depuis la première COP en 1992, la crise écologique n’a fait que s’aggraver. Si bien que la trajectoire de réchauffement global de +1,5°C, d’ici la fin du siècle, par rapport à l’ère préindustrielle, posée par la COP21 et les accords de Paris, n’est aujourd’hui qu’un vœu factice.

En effet, 2022 et probablement 2023 sont consécutivement les années les plus chaudes jamais enregistrées. La trajectoire serait même plutôt de +2,9°C à la fin du siècle, selon le dernier programme des Nations Unies pour l’environnement.

Par ailleurs, cette COP s’ouvre en plein génocide en Palestine, et va d’ailleurs servir principalement de lieu de discussions entre puissances qui soutiennent Israël. En effet, les Émirats Arabes Unis sont un allié économique et militaire de l’état d’Israël, sont le premier État arabe à avoir contacté Netanyahou après les attaques du Hamas et ont également bloqué toute sanction contre l’état d’Israël au sommet arabo-musulman de Ryad le 11 novembre dernier. Un choix lié aux intérêts économiques de cette pétromonarchie, qui a d’ailleurs maintenue l’invitation d’Israël à la COP28 malgré les dizaines de milliers de morts palestiniens. Ce positionnement géopolitique inscrivent la question palestinienne et la crise au Proche-Orient au cœur de la COP28. A l’image de du passage de Macron à Dubaï en partie pour discuter avec les dirigeants arabes de la trêve humanitaire en cours avant de se rendre au Qatar samedi pour discuter de la question des otages. D’ailleurs, Israël aussi a prévu d’utiliser la COP comme un lieu de bataille pour ses intérêts coloniaux en Palestine. Pourtant il est clair que la politique coloniale d’Israël a aussi repose sur l’utilisation de procédé écocide comme l’accaparation des territoires, la destruction des terres ou le vol des ressources.

Loin de se faire des illusions sur ces « festivals du greenwashing » que sont les COP, il est donc urgent de s’organiser politiquement contre les politiques impérialistes et coloniales des Etats et des entreprises responsables de la crise écologique.


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