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Témoignage

"Avec la loi immigration, seuls les plus riches pourront étudier en France". Ziz Lo, étudiant sénégalais

Les débats autour de la loi immigration transforment les étrangers en chiffres, en quotas, et en menace abstraite pour les classes populaires françaises. Pour combattre cette surenchère réactionnaire, Le Poing Levé donne la parole aux étudiants étrangers. Voici le témoignage de Ziz Lo, venu du Sénégal pour étudier le commerce international.

Le Poing Levé

27 décembre 2023

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"Avec la loi immigration, seuls les plus riches pourront étudier en France". Ziz Lo, étudiant sénégalais

Ce témoignage a été récolté dans le cadre d’une enquête nationale sur la précarité étudiante lancée par Le Poing Levé à l’automne 2023. Avec l’actualité de la loi immigration, qui s’attaque aux étudiants étrangers déjà en première ligne du mal-logement et de la pauvreté, nous avons décidé de publier une série d’articles leur donnant la parole et mettant en lumière leur quotidien. Pour participer aussi à l’enquête et témoigner, clique sur ce lien.

Le Poing Levé : Bonjour, merci de nous accorder ton témoignage. Peux-tu commencer par te présenter et revenir sur ton parcours et les raisons de ta venue en France pour tes études ?

Je m’appelle Ziz Lo*, je suis étudiant en langues étrangères appliquées en parcours commerce international à l’université de Bordeaux Montaigne. Je suis venu en France au mois de septembre dernier du Sénégal, où j’ai fait mes études jusqu’en deuxième année de licence. Je voulais faire mes études en France parce que les études ici offrent plus de possibilité pour trouver du travail.

Comment perçois-tu le vote de la Loi Immigration au Parlement ? Comment cela va-t-il affecter ton avenir en tant qu’étudiant étranger ?

Je vois l’avenir de manière pessimiste, je pense que la vie sera de plus en plus difficile pour les étudiants étrangers ici. Je ne vois pas l’importance de cette loi, et son contenu est contradictoire : on pousse les étudiants à travailler davantage au lieu d’étudier tranquillement pour palier à la précarité que produira cette loi, tout en conditionnant leur titre de séjour au caractère « sérieux » des études. Ça n’a aucun sens.

L’instauration d’une caution pour les étudiants étrangers est gravissime. Personnellement, je je suis obligé de faire de nombreux sacrifices pour aider financièrement ma famille au Sénégal en même temps que j’étudie. Ce quotidien est extrêmement difficile, et si cette caution avait été mise en place avant que j’arrive, je n’aurais pas pu venir en France. Et c’est le cas de beaucoup de personnes : avec cette loi, seuls les plus riches pourront venir étudier.

Comme tu l’expliques, même sans cette loi, venir en France en tant qu’étudiant étranger suppose de dépenser beaucoup d’argent et de justifier de moyens financiers. Comment t’en sors-tu au quotidien ?

Mon arrivée en France a été très difficile. J’ai dû dépenser beaucoup d’argent pour m’installer, et en parallèle j’ai dû effectuer de nombreuses démarches administratives pour prouver que j’avais les ressources financières nécessaires pour venir étudier.

L’administration française a refusé une première fois mon dossier. Il faut se rendre compte que c’est très difficile de venir étudier en France lorsqu’on n’en a pas les moyens. Si je n’avais pas eu mes parents pour me soutenir financièrement, je n’aurais jamais pu venir étudier en France.

On nous met énormément de bâtons dans les roues, mais il faut voir les choses à travers le regard des étudiants étrangers. Je pense que la France a besoin de nous, car c’est nous qui fournissons la principale main d’œuvre des métiers en tension. Sans nous, les étudiants étrangers, la France serait bien en peine.

A quoi ressemble ton quotidien, tes conditions de vie te permettent-elles de bien étudier ?

Mes conditions d’études sont dures. J’habite à 40 minutes de l’université en transports. Je suis obligé de prendre un bus puis un tram, sachant qu’il arrive que le bus se trompe de trajet.

Je suis hébergé par une personne qui n’est pas de ma famille, car je n’avais pas les moyens suffisants pour payer une chambre Crous et fournir une caution. Je dépends donc de sa bienveillance, ce qui rend ma situation encore plus précaire puisque je ne veux et ne peux abuser de sa bonne volonté.

Sans avoir accès à des aides, avec l’inflation et le fait de devoir envoyer de l’argent à ma famille pour contribuer à subvenir à ses besoins, j’ai également dû trouver un travail en parallèle de mes cours. J’avais commencé un travail au mois d’octobre que j’ai dû arrêter parce que c’était trop difficile de le concilier avec mes études. J’étais obligé de quitter l’université très tôt pour me rendre au travail, je me couchais très tard et c’était une course contre la montre dès le réveil, sachant que j’étais obligé de passer par chez moi pour prendre de quoi manger puisque les restaurant universitaire sont rarement Hallal.

J’avais seulement 15 minutes de pause, j’étais épuisé et incapable de me consacrer à mes études. C’était un travail de chien. En tant qu’étudiant étranger, je me sentais exploité, l’impression de participer aux pensions de retraites gratuitement quand nous, nous n’en bénéficierons pas.

Crédit Photo : Bens89 / Licence Creative Commons 4.0


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