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Crise sociale

250 000 emplois menacés en 2024 selon le groupe BPCE : il faut interdire les licenciements !

Le groupe bancaire BPCE a annoncé ce jeudi qu'il estimait à 250 000 le nombre d'emplois menacés en 2024, un chiffre record depuis qu'il produit ces estimations qui annonce que les travailleurs vont continuer à être la variable d'ajustement de la crise. Retour sur les nombreuses faillites et licenciements de l'année 2023.

Dorian Maffei

19 janvier

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250 000 emplois menacés en 2024 selon le groupe BPCE : il faut interdire les licenciements !

Crédits photo : Dorian M

Le deuxième groupe bancaire français BPCE (Banque Populaire-Caisse d’Épargne) estime que 250 000 emplois sont menacés par les défaillances d’entreprises en 2024, un record absolu depuis sept ans. Pour 2023, il annonçait 240 000 emplois menacés et d’après le groupe Altares DB, 17 000 entreprises françaises ont fait faillite durant le dernier trimestre 2023 ce qui correspond à un record depuis 1993, au plus fort de la récession.

Selon BPCE, ces chiffres correspondent au « rattrapage » des défaillances évitées par le « quoi qu’il en coûte », le plan d’aide de l’État aux entreprises appliqué par le gouvernement à partir de mars 2020 et dont la plupart des mesures ont pris fin en juin 2022.

2023, une année de liquidations judiciaires et de licenciements

Pourtant, ces faillites sont loin de marquer une spécificité française et s’inscrivent plutôt dans une tendance mondiale marquée par l’inflation. Le 23 décembre, Euronews titrait « 2023 : l’année des grandes faillites » et signalait que les faillites mondiales d’entreprises ont atteint au printemps un record depuis huit ans, notamment aux États-Unis et en Europe.

La crise est notamment provoquée par la baisse de la consommation dans un contexte d’inflation et d’appauvrissement de la population (notamment pour l’habillement, l’ameublement, le jardinage et les logements neufs) ainsi que par la hausse du coût de l’énergie et du transport des matières premières.

Selon le « baromètre national des entreprises » produit par le Conseil national des greffiers des tribunaux de commerce et l’institut Xerfi lors du premier trimestre et troisième trimestre de 2023, les secteurs les plus touchés par les liquidations judiciaires sont les métiers de la construction et les agences immobilières, les petits commerces (restauration rapide, boulangeries, salons de coiffures), la programmation informatique et le nettoyage.

Ces entreprises sont généralement modestes (quelques dizaines d’employés le plus souvent) mais d’autres secteurs ne sont pas épargnés, comme l’industrie. Ils représentent les perdants de la crise actuelle, comme il existe des grands gagnants avec les bénéfices records engrangés par les actionnaires des grands groupes pétroliers et de la grande distribution.

Parmi les faillites importantes de 2023, dans l’industrie d’abord, on note l’usine de Plastima (Mayenne) qui a mis à la porte 77 salariés après sa liquidation le 6 février, l’usine de vannes FCT Saint-Juéry (Tarn) avec 71 salariés le 20 juin, CEAT Électronique (Côte-d’Or) avec 230 salariés le 24 juillet, l’usine de cloisons Clestra (Bas-Rhin) avec 125 salariés le 3 octobre et la verrerie Holophane (Eure) avec 208 salariés mis à la porte le 30 novembre dernier.

Dans la vente, ce sont notamment le gigantesque plan de licenciements de 1900 employés qui a suivi la liquidation, le 13 janvier, de la société de livraisons Place du marché ex-Toupargel, le magasin de chaussures San Marina le 20 février avec 650 salariés et le vendeur de meubles Habitat le 28 décembre avec 383 salariés mis à la porte.

Enfin, on note aussi le licenciement de 107 salariés du groupe de presse Melchior (Nouvelle-Calédonie) après la liquidation du 17 mars, des 94 salariés du groupe d’aide à l’enfance Aramis (Puy-de-Dôme) le 5 avril et des 78 salariés d’Air Guyane le 29 septembre.

La liste n’est pas exhaustive et, par ailleurs, la liquidation judiciaire n’est que l’aboutissement d’un long processus de « défaillances » pour lequel la variable d’ajustement est souvent les travailleurs. Ainsi l’année dernière a également été marquée d’importants plans de licenciements motivés par des facteurs économiques.

La construction particulièrement touchée

Particulièrement sensibles à la hausse du coût de transport des matériaux, liée à celle des prix de l’énergie qui étaient déjà en hausse et qui ont explosé après le début de la guerre en Ukraine, les travailleurs des petites et moyennes entreprises de la construction et du logement semblent être parmi les plus durement touchés.

La baisse de la construction de logements neufs a également affecté le secteur alors que la Fédération française du bâtiment a d’ores et déjà annoncé que 2024 s’annonce encore pire. Son président Olivier Salleron, représentant patronal, déclarait à Franceinfo en décembre : « On est donc en train de parler de défaillances d’entreprises, mais aussi de plusieurs milliers de salariés qui ne vont pas être réembauchés et il va commencer à y avoir des plans sociaux. On prévoit la perte de 3 000 à 10 000 salariés ». D’après les chiffres de l’INSEE, des milliers d’emplois ont déjà été supprimés dans la construction en 2023.

Selon le baromètre du conseil national des greffiers des tribunaux de commerce pour le troisième trimestre 2023, le secteur du bâtiment et de l’entretien est sévèrement concerné par les faillites. Sur trois mois, 463 entreprises de la maçonnerie ont été placées en liquidation judiciaire (+90%), 181 de peinture et vitrerie (+76%), 165 agences immobilières (+132%) et 123 entreprises d’installation d’eau et de gaz (+86%).

L’année 2023 a notamment été marquée la faillite du constructeur limousin Euro-France le 5 avril, ayant conduit au licenciement d’une douzaine d’employés, une vingtaine ayant été préalablement mis à la porte sur demande des « garants » du groupe bancaire BPCE qui se sont ensuite retirés, du constructeur de modules E-Loft à Plougafran (Côtes-d’Armor) ayant conduit à celui de 167 salariés et de l’entreprise également limousine Batidur le 20 décembre dernier avec licenciement de 22 employés (une dizaine d’autres ayant été virés en novembre).

Le patronat fait payer la crise aux travailleurs. Il faut imposer l’interdiction des licenciements !

Tandis que des grands groupes se gavent, en l’occurrence leurs dirigeants et leurs actionnaires, certaines petites et moyennes entreprises font faillite et mettent à la rue leurs salariés, parfois dans des conditions ignobles. Or, si les patrons disposent toujours de leur patrimoine personnel pour continuer leurs affaires ailleurs, leurs salariés n’ont plus d’autre choix que de tenter de retrouver un emploi, souvent plus dur et moins bien payé.
Autrement ils doivent rejoindre l’armée des 2,3 millions de chômeurs dont le gouvernement réduit chaque année un peu plus les moyens de subsistance.

Dans le cas de certaines entreprises, notamment les plus grosses, les conditions de ces liquidations judiciaires posent également question. Au nom de l’aide et de la préservation de l’emploi, le gouvernement n’hésite parfois pas à confier d’importantes sommes, sans aucune contrepartie, aux dirigeants des entreprises jugées en difficulté. Lors du gigantesque plan de licenciement de l’entreprise Place du Marché en janvier 2023, les salariés se sont vus refuser une prime de licenciement au-delà du minimum légal et ils avaient alors questionné la destination du prêt de 35 millions d’euros avancé par l’État aux patrons milliardaires, la famille Bahadourian, quelques mois avant la liquidation.

Ça ne doit pas être aux salariés de payer la crise. Plus que jamais, il faut imposer l’interdiction des licenciements et exiger des entreprises qui veulent licencier leurs salariés l’ouverture des livres de compte et la fin du secret commercial. En cas de défaillance, les travailleurs ne doivent pas servir de variable d’ajustement et c’est bien aux patrons qu’il incombe de rembourser les conséquences de leur direction.

D’un autre côté, face aux attaques contre les chômeurs et le monde du travail, il faut imposer l’augmentation générale des salaires et des pensions, ainsi que leur indexation sur l’inflation. Une perspective que les direction syndicales doivent prendre à bras le corps, loin du dialogue social qu’elles mènent depuis plusieurs mois.


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